
Cette année, le prix Jacques-Brossard est remis à un auteur audacieux par ses thèmes et les genres qu'il explore.
Vous ne connaissez pas le prix Jacques-Brossard? C'est le prix qui souligne, chaque année, la meilleure production dans le domaine littéraire pour les genres dits de l'imaginaire: science-fiction, fantastique, fantasy. C'est un prix remis par un jury de spécialistes (j'ai été juré deux fois, en tant qu'éditeur de revue et auteur de nouvelles). Le prix s'appelait autrefois le Grand Prix de la Science-fiction et du fantastique québécois et englobait autant la littérature jeunesse que la littérature pour adultes. Depuis quelques années, le Grand Prix a été séparé en deux prix distincts: le Prix jeunesse des Univers Parallèles (j'y reviendrai) couvre la littérature jeunesse et le Prix Jacques-Brossard couvre le reste de la production: romans et nouvelles pour "adultes", donc qui s'adressent à des lecteurs de plus de 15 ans.
Cette année, le prix a été remis dans le cadre de la convention mondiale de science-fiction qui avait lieu à Montréal la fin de semaine dernière. Les finalistes étaient Daniel Sernine, pour son roman Les écueils du temps (j'en ai parlé ici), Eric Gauthier, pour son roman Une fêlure au flanc du monde, et Frédérick Durand, pour son roman La nuit soupire quand elle s'arrête et son recueil de nouvelles À l'intention des ombres (Durand avait aussi publié en 2008 deux autres romans qui ne relèvent pas des genres de l'imaginaire, soit Je hurle à la lune comme un chien sauvage, un thriller, ainsi que Comme un goût d'aurore sur une idée fixe).
Ces trois auteurs sont excellents et j'adore ce qu'ils font: personnellement, j'étais partagé dans mes souhaits. J'espérais que le roman de Sernine serait souligné car il s'agit sans aucun doute, pour moi, d'un chef d'oeuvre (au sens de masterpiece, la pièce qui représente un maître au sommet de son art). Par contre, j'espérais beaucoup qu'Eric Gauthier verrait encore une fois son talent récompensé, car il représente une voix unique au niveau du fantastique québécois. Cependant, mes espoirs accompagnaient Frédérick Durand, qui n'avait jamais remporté le prix, au contraire de ses co-listiers (Gauthier l'avait remporté une fois pour son recueil de contes et Sernine deux fois pour son abondante production).
Durand l'a remporté, à la plus grande joie de plusieurs, car ses récits sont souvent singuliers et explorent des thèmes peu touchés par les auteurs québécois. L'auteur jouit d'une grande érudition sur des sujets variés (en musique, cinéma, littérature, culture underground...) et n'hésite pas à pousser ses personnages dans leurs derniers retranchements, à les amener au bout d'eux-mêmes. Son recueil de nouvelles, que j'ai lu en grande partie, donne une bonne idée de la versatilité de l'auteur, qui peut créer des ambiances macabres et glauques en quelques lignes seulement et garder l'attention de ses lecteurs jusqu'au dénouement souvent tordu de ses histoires.
J'approuve le choix du jury du prix Jacques-Brossard et je vous conseille de lire ces romans. Si vous ne connaissez pas ces auteurs, courrez à la librairie pour acheter leurs oeuvres et vous serez agréablement surpris!
Publié le 04 septembre 2009 dans: Littérature québécoise, Science fiction/horreur
Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.
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