
Dans la première partie, nous avons arrêté sur la phrase suivante: "Quand on a des enfants, on se dit qu’on ne peut pas laisser que des ténèbres derrière soi, il faut aussi laisser un peu de lumière."
Quand on y pense bien, il y a de la lumière dans les écrits de Senécal. Une lumière bien ténue, parfois, mais présente quand même, comme dans la finale de Les 7 jours du talion et Le Vide. Mais pourquoi écrire pour enfants? « Je n’aurais pas écrit de livres pour enfants si je n’en avais pas eu moi-même. Je l’ai écrit pour eux, pour qu’ils puissent lire quelque chose de moi. Et je voulais aussi leur léguer cela. Finalement, je me suis assez amusé, au point que je vais en faire un autre. Franchement, ces petits romans d’à peine 100 pages ne prennent vraiment pas beaucoup de temps à écrire et cela me fait du bien. C’est comme un bain de bonne humeur avant de replonger dans mes ténèbres. »
Ce sont les enfants les chanceux, là-dedans! Mais écrire pour les enfants et pour les adultes n’est pas le même travail, non? « J’aborde un roman pour adulte et un roman pour enfants de la même manière : je pense à bonne histoire, je fais un plan, je fais un premier jet, puis deux ou trois versions correctives. Dans ma tête, ça demeure identique. Le fait qu’il doive y avoir moins de violence et de sang dans un roman pour enfants n’est pas une barrière : cela va de soi. Les gens me demandaient si je me retenais, dans mon roman pour enfants, pour ne pas décapiter mes personnages. Mais je n’en avais même pas envie! Mon cerveau est sur le mode enfants, donc ces idées ne m’effleurent même pas l’esprit. »
Pourtant, on imagine facilement les auteurs d’horreur ou de polar jubiler en écrivant des scènes sanglantes. « Bien sûr, ce sont les plus amusantes et stimulantes à écrire. Pour moi, c’est facile écrire ces scènes. Et c’est justement pour cette raison que je dois m’en méfier. Comme c’est facile, je peux devenir complaisant, caricatural ou, pire, répétitif. Le plus difficile, ce sont les motivations psychologiques, la chute mentale de mes personnages. Ca, c’est dur en criss! Mais ce sont les scènes les plus importantes car ce sont elles qui justifient tout le reste.»
Donc pas vraiment d’horreur gratuite pour Senécal. Mais que cherche-t-il à provoquer chez les lecteurs? « Quand on me dit qu’on a été incapable de lâcher mon livre, je suis très heureux. Plus encore, quand on me dit : « Tu es le seul auteur à écrire des histoires comme ça » (que e soit vrai ou non), alors, là, je plane. Ça dépend des livres aussi. Pour LE VIDE, quand on me dit que c’est un bon suspense et qu’en plus, ça fait réfléchir, c’est parfait car c’était l’intention. Mais Oniria, qui n’est qu’une sorte de grosse série B sur stéroïde, je ne m’attends pas au même genre de commentaire. Je suis parfaitement heureux quand on me dit que ce livre est complètement capoté, car c’était le seul but. »
Mais revenons à nos moutons (oh, by the way, quelqu’un à vu le film Black Sheep? C’est une histoire de mouton sanguinaire… on y reviendra). Cet automne, deux romans de Patrick étaient en tournage : 5150, rue des Ormes (mettant en vedette Normand D’Amours, Marc-André Grondin et Sonia Vachon) réalisé par Eric Tessier, ainsi que Les 7 jours du talion (avec Claude Legeault, Rémi Girard, Martin Dubreuil) réalisé par Podz (sachant qu’il a réalisé Minuit, le soir, on peut s’attendre à ce que l’adaptation soit sombre, en plein dans l’esprit du roman!). Est-ce que de réaliser ces projets motive à écrire plus de scénarios ou de romans? « En tout cas, c’est un excellent moyen pour empêcher d’écrire! Je n’ai pas écrit une ligne des deux derniers mois, trop excité par les tournages. Il faut dire que je me promenais d’un plateau à l’autre. Ce que je dirais, en fait, c’est que c’est la preuve que mon premier scénario (Sur le seuil) n’était pas un accident de parcours. Après trois scénarios, je peux me considérer maintenant autant un scénariste qu’un écrivain. Donc, oui, j’ai envie de faire d’autres scénarios, mais pas maintenant : j’ai trop envie de retourner dans mon roman en cours. »
Sur le site de Alire, ce roman, intituilé Hell.com, est annoncé pour le printemps 2009. Pat ressent-il de la pression face au succès de ses derniers romans? « C’est sûr qu’on y pense, ce serait hypocrite de prétendre le contraire. Mais au lieu de m’angoisser, ça m’excite. Je sais que mon prochain roman est très attendu et pour moi, c’est une motivation. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille donner aux gens ce qu’ils attendent. Moi, je me sens obligé d’une seule chose : écrire une bonne histoire. Pour moi, le piège du succès n’est pas d’être angoissé. Le piège du succès, c’est de s’asseoir sur nos lauriers et écrire paresseusement les mêmes choses en se disant que maintenant, c’est dans la poche. »
On a l’impression que Patrick veut constamment se renouveler, qu’il cherche à canaliser sa création dans différents médias : romans adultes à caractère social, roman jeunesse, roman éclaté pour le plaisir pur, adaptations pour le cinéma, la télévision, scénarii originaux… Alors pourquoi ne pas écrire des nouvelles? « Aucune idée. On dirait que mes idées sont toujours pour des romans. Je n’ai rien contre les nouvelles, j’en lis et tout. Mais pour avoir des idées de nouvelles, on dirait qu’il faut qu’on me les commande pour que j’oblige mon cerveau à se mettre sur ce mode. Quand j’ai commencé à écrier vers 10 ans, c’était des nouvelles, mais rapidement mes idées ont débordé du cadre du récit court. Je suis un excessif en général, alors ceci explique peut-être cela… »
Alors, pourquoi pas du théâtre? Après tout, Patrick a déjà écrit une pièce qui a été jouée… « Le théâtre, je veux bien, mais seulement si on me passe une commande. Je ne veux plus écrire quelque chose sans être sûr (ou presque) que ce sera publié ou joué. Ce n’est pas de la prétention, c’est du réalisme : maintenant que je peux vivre de ma plume, pourquoi écrirais-je des choses qui risquent de n’avoir aucun avenir? On peut se permettre cela quand on commence à écrire, mais quand on est un écrivain professionnel, on a envie que chacun de nos écrits servent à quelque chose. » Alors… pourquoi pas l’humour? Patrick a déjà été membre d’un groupe d’humoristes. Pourquoi cette facette ne se retrouve-t-elle pas plus souvent dans son œuvre? Après tout, s’il se dit excessif… l’humour est une bonne façon d’atteindre cette facette de sa personnalité, non? Alors pourquoi si peu d’humour dans les œuvres de Senécal? « S’il y a peu d’humour dans mes histoires, ce n’est pas parce que je refuse d’en mettre, c’est juste que la logique de l’histoire et des personnages ne le permet pas. » affirme Patrick. Mais il y a quand même Chair et Bone, dans Aliss, qui se permettent quelques scènes absurdes, voire burlesques.
« Pour Aliss, il y avait de la place pour l’humour, mais pour les autres romans, je ne vois vraiment pas comment. Dans 5150, certaines réflexions de Yannick sont amusantes, mais c’est de l’humour désespéré. Beaulieu, par sa double personnalité, est rigolo, mais on rit jaune. Dans le Talion, je trouvais le personnage de Wagner (le capitaine de police) amusant, mais amusant réaliste, dans une situation de stress. »
Donc pas de personnage dont le rôle n’est que d’apporter une touche humoristique. « Les comics reliefs sont souvent plaqués et on sent que l’auteur de les a pas mis par nécessité narrative, mais juste pour amener un ingrédient amusant, comme s’il n’assumait pas son histoire, comme s’il voulait faire relaxer son lecteur. C’est absurde. Faut assumer ce qu’on fait. De l’humour, j’en ai déjà fait en théâtre, dans plusieurs chroniques dans la Presse, dans la série de Chambre No. 13., C’était noir, mais c’était de l’humour quand même. C’est très possible que j’écrive de l’humour un jour, mais ce sera de l’humour particulier, pas l’humour québécois habituel qui m’ennuie profondément (sauf exceptions, bien sûr.) Mais depuis 15 ans, mes idées de romans sont sombres, je n’y peux rien. Alors je n’irai pas mettre de l’humour là-d’dans par « sécurité », ce serait grotesque. D’ailleurs, au Québec, on se sent obligé de mettre de l’humour dans tout, ce qui est agaçant. »
Certains croient encore que le thriller, le polar, le fantastique, l’horreur sont des genres pour adolescents attardés… Peut-on classer les « senécalmaniacs »? « J’ai l’impression qu’Aliss est le préféré de mes lecteurs entre 15 et 25 ans, gars ou filles. A partir de 25 ans, les gens ont vraiment des opinions très, très variées. Je dirais que les adultes de 35 ans et plus aiment beaucoup le Vide, ce qui me flatte car pour moi, ce roman représente une certaine maturité que j’ai acquise au cours des années. »
Finalement, vous savez peut-être que quelques romans de Patrick ont été traduits en polonais (et en italien, pour Sur le Seuil). Patrick est-il aussi populaire en Pologne que Mario Pelchat au Liban? « Ah! Ah! Je n’en ai aucune idée, je ne sais pas du tout ce qui se passe en Pologne ou en Italie avec mes romans. Et le pire, c’est que je ne m’informe même pas. Je me dis que mon succès là-bas doit être très modeste, sinon j’en entendrais parler. Etre traduit dans ces langues, c’est rigolo et flatteur, mais il faut rester calme : je suis convaincu que si je débarquais en Pologne demain matin, aucune foule en délire ne m’attendrait à l’aéroport. »
Pas besoin d’aller en Pologne pour voir des foules en délire. Juste à se rendre au stand d’Alire quand Patrick y est!
Publié le 11 juin 2010 dans: Science fiction/horreur
Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.
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